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INTERVIEW DE JEREMY MARIE

interview

Il y a des hommes dans la vie qui décident d'aller au bout de leur rêve, rêve de partir à l'aventure, de partir au bout du monde dans le seul but de vivre une expérience humaine hors du commun, de se rapprocher le plus possible de la liberté. Il y a plus de cinq ans, Jérémy Marie, héros des temps modernes, décida de faire le tour du monde en stop. Il parcourut donc 18.0000 kilomètres à bord de tout véhicule acceptant de l'emmener. Cette vie hors norme, Jérémy nous en parle. Voyageons avec lui grâce à cette interview. Hauts les pouces !!

Bonjour Jérémy, peux-tu te présenter aux lecteurs de Kanard ?

Né le 12 mars 1984, je fais mes premiers pas dans ce monde à Rouen en Normandie. Monsieur et Madame Marie me baptisent : je serai "Jérémy" pour le restant de ma vie.

Dès l’intégration du fait que la Terre est ronde et composée de plusieurs pays, nous nous amusions ma sœur jumelle Coralie et moi à énumérer et mémoriser les capitales de tous les pays du monde...

Je dois dire que je peux remercier mes parents qui pendant notre enfance nous emmenèrent dans des contrées plutôt exotiques pour notre jeune âge. Nous découvrîmes ainsi des pays comme le Portugal, la Tunisie, la Turquie, ou encore Malte.

Quelques années plus tard, un voyage scolaire en Pologne avec ma classe eut la bonne idée de me confier à une famille locale. Cela me donna simplement le goût, le goût du voyage, et c’est certainement de là que ma passion du voyage débuta.



Dans quel pays l'accueil fut le plus chaleureux ?

Il est difficile de ressortir un seul pays parmi la totalité de lieux hospitaliers que j'ai traversé, car il y en a eu beaucoup. Toutefois, le terme « chaleureux » conviendrait plutôt bien pour décrire l'accueil que m'a réservé le peuple colombien. Si j'avais suivi l'avis des médias, je me serais attendu à être pris dans une embuscade des FARC, ou au milieu de tirs croisés dans un règlement de compte entre trafiquants de cocaïne. Mais non, ce que je retiens surtout de la Colombie c'est la joie de vivre de son peuple, son entrain, son envie d'exister, humainement et socialement.

As-tu fais une rencontre marquante ?

La rencontre la plus marquante que j'ai faite a nettement influé sur ma vie après-voyage. Fraîchement débarqué sur le continent asiatique, à Bali, dans le sud de l'Indonésie, la première personne que j'ai rencontré s'appelait Herdiwati. Cette demoiselle indonésienne que j'ai croisé à un moment important de mon voyage est devenue ma petite amie. Elle est venue me voir au Cambodge, puis en Chine, et à l'issue de mon voyage, je suis retourné à Bali, pour débuter une vie avec elle.

Si tu devais choisir un pays dans lequel aimerais-tu vivre ?

Vivre et voyager sont à mes yeux deux choses bien distinctes. Il y a des pays où j'ai adoré voyagé, mais où je ne me verrais pas vivre. Le Soudan par exemple, où l'hospitalité fût fabuleuse, ne me donne pas forcément envie d'y demeurer au long cours. La chaleur intenable (allant au-delà de 50°C), l'instabilité politique (le pays vient d'être ciselé en deux), l'extrême lenteur du système de vie (avec cette chaleur, il ne faut pas s'attendre à un rythme de Singapourien sous AC) poseraient des limites à mon envie d'y séjourner à vie. La Nouvelle-Zélande pourrait être un bon choix. Sûr, stable, développé, respectueux de l'environnement, calme. Un bon endroit à considérer pour la retraite... Mais je n'en suis pas encore là !



As-tu eu des compagnons de voyage ?

Oui, il m'est arrivé de partager des journées d'auto-stop avec des voyageurs croisés sur mon chemin. J'ai pérégriné avec un allemand au Soudan, un français en Bolivie, un américain au Malawi... L'important est de trouver une personne qui partage les mêmes valeurs du voyage. Dans mon cas, c'est de ne pas avoir peur de limiter le confort à son minimum, de maximiser les interactions avec les populations locales, et de subir les longues marches précédant les arrêts des véhicules.

As-tu d'autres défis ?

Le défi que je m'étais lancé me permettait de me prouver que j'étais capable de réaliser un projet par moi-même, et jusqu'à son terme. Il m'a aussi permis de me lever chaque matin en sachant que l'existence d'un but m'aiderait à continuer, même si la journée s'annonçait difficile. Enfin, l'idée de « l'incroyable défi » me permis d'attirer l'attention des médias, puis de déplacer cette attention sur la véritable valeur de ce voyage : les divers apprentissages recueillis dans les échanges humains. Je ne pense pas accomplir un autre défi de ce genre, mais plutôt continuer dans la récolte de connaissances qui donne toute son essence au voyage. Puis, contribuer à l'extinction des préjugés en faisant de mon mieux pour rendre publiques les vraies informations. Voilà d'ailleurs peut-être un autre défi, qui lui pourrait durer une vie entière !

Comment te déplaces-tu maintenant ? Est-ce que tu apprécies de nouveau les transports individuels ou en commun ?


A Bali, où j'ai passé les derniers mois, je me suis déplacé en scooter. Par l'aménagement des routes, par l'incohérence du trafic, pas l'absence totale d'un système de bus, il serait de toutes façons bien difficile de faire autrement. Lors de mon retour en France en Mars dernier, j'ai pris beaucoup de plaisir à simplement marcher. Les distances me paraissent infiniment plus courtes qu'avant mon départ, et la marche en devient plus facile. Je dois dire que l'auto-stop fût une manière physiquement et socialement éreintante de me déplacer. Multiplier les rencontres chaque jour n'était pas de tout repos, loin de là. Alors, j'apprécie de prendre le métro, le train, le bus. D'une certaine façon, cela me repose de faire comme tout le monde. Mais si l'envie me prend de faire différemment, je sais que je n'aurai qu'à lever mon pouce !



Comment as-tu surmonté les découragements, les moments de doute ?


La plupart des découragements et des moments de doute n'étaient que des frustrations temporaires. Ils apparaissaient souvent après des attentes trop longues, une rencontre indésirable, un recueil sur les nombreux méfaits de la bêtise humaine. Alors, ces frustrations, il fallait les évacuer quelque part. Souvent, j'utilisais l'écriture. Mes journaux intimes m'ont permis de garder un fil rouge sur mes pensées, mes rencontres, mais aussi de recevoir mes doutes du moment. Ce sont d'ailleurs ces journaux qui m'ont inspiré l'écriture du livre qui retrace ces années passées sur la route. Puis, quand l'émotion était vraiment trop forte, il m'arrivait aussi de simplement gueuler dans la nature. Et là, je peux dire que les campagnes du monde ont entendu parler français, et pas forcément les passages les plus poétiques !

Comment as-tu financé ton aventure ?Que conseillerais-tu pour tous ceux qui après avoir vu ton exploit veulent se lancer dans un périple autour du monde ?

Financièrement, je crois que ce genre d'aventure est à la portée de tout le monde (du moins, dans une société occidentale). J'ai économisé pendant 10 mois, en travaillant en tant que serveur dans un restaurant. Je mettais chaque mois 900 euros de côté, et avec la somme acquise, je suis parti. J'avais 23 ans, et à cet âge, je n'avais ni femme, ni enfant, pas de charge, ni de crédit. Je ne dépensais pas selon mes revenus, mais selon mes besoins naturels fondamentaux, réduits au minimum. Aussi, le meilleur conseil que je pourrais donner ne serait pas forcément d'ordre financier. Un voyage comme cela requiert du bon sens pour pouvoir faire face à toute situation en pensant par soi-même. Cela nécessite d'abandonner des acquis qui ne sont pas nécessairement utiles, une fois en dehors d'une société connue. Donc, je dirais « bon sens, ouverture d'esprit et désir constant d'adaptation ».

Quand as-tu eu l'idée de partir 5 ans 5 mois et 5 jours ?

A l'origine, je pensais partir pour environ 2 ans, n'ayant pas vraiment d'idée sur la taille de ce monde et la vitesse d'avancement en auto-stop. J'ai rapidement réalisé que cela prendrait plus de temps... Mes expériences d'auto-stop en Europe m'ont donné le goût de la liberté, et donc de pouvoir vivre ce type d'expérience plus longtemps, et plus loin. Au contraire, le goût d'une vie conventionnelle ne m'a pas donné envie de passer plus de temps à me délecter de sa fadeur. Le projet a vraiment pris forme en Septembre 2006 quand je l'ai annoncé à mes parents et que j'ai vraiment commencé à organiser mon tour du monde, qui commença un an après.

Penses-tu tenter la Lune en stop ?

J'ai toujours rêvé d'être pionnier en quelque chose... Mais Neil Armstrong l'a déjà fait. Je crois pouvoir dire sans me tromper qu'il n'a pas déboursé un seul centime pour aller là-bas !

Finalement, est-ce qu'on peut dire que tu as été pendant ces 5 dernières années "l'homme le plus libre du monde" ?

J'ai certainement vécu des moments de pure liberté, ou tout du moins je les ai ressentis comme tel. Et je peux dire que je n'avais jamais ressenti cette émotion dans ma vie conventionnelle d'auparavant. Parce qu'il m'aura fallu couper de nombreux cordons, m'être débarrassé de mes accumulations matérielles, de n'avoir rien ou presque, pour paradoxalement ressentir un sentiment de plénitude. Comment, par exemple, aurais-je pu croire que j'allais recevoir une telle certitude de vivre dans le « vrai » en m'asseyant simplement devant le détroit de Magellan en Terre de Feu, et d'observer le spectacle que la nature me proposait ? Pour cela, je pense que la vraie liberté s'acquiert dans une vie en symbiose avec la nature. Là, il n'y a pas de frontière, pas de passeport, pas de compte en banque... L'homme le plus libre du monde, ce n'était pas moi, mais peut-être un vieux Papou vivant dans son arbre au fin fond de la jungle en Nouvelle-Guinée !



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Si vous voulez en savoir plus sur cette formidable épopée, sachez que Jérémy Marie sort son livre "Mon tour du monde en 1980 jours" paru chez City Editions. Vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies ou sur Internet.


Rature Rimbaud


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